Octave Tournoüer  (1873 - 1876) et Henri Tournoüer (1876 - 1943)

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Président de la IIIé République (1871-1940) dans la période : Patrice de Mac Mahon, Jules Grévy, Sadi Carnot, Jean Casimir Périer, Félix Faure, Emile Loubet, Armand Fallières, Raymond Poincaré, Paul Deschanel, Alexandre Millerand, Gaston Doumergue, Paul Doumer, Albert Lebrun

Vichy: Philippe Pétain (1940-1944)


 

1873: Rachat de Saint Hilaire des Noyers par Octave Tournoüer

     

Henri Tournoüer est né à Paris le 5 décembre 1861. C’est son père François Octave  Tournoüer, ancien attaché au ministère des Affaires Etrangères et fils du conseiller d’état et député conservateur de la Côte- d’Or Jacques Simon Tournoüer, qui, en 1873, acquiert la terre de Saint Hilaire des Noyers du comte Roger de Villers. La génélogie de la famille Tournoüer est présentée exhaustivement présentée par ailleurs.

Jacques Simon Tournoüer est né à Auxonne (Côte-d'Or) le 1er février 1794, et mort à Ver (Oise) le 25 septembre 1867. Il fit sa carrière dans l'administration. Devenu, sous le gouvernement de Louis-Philippe, maître des requêtes au conseil d'Etat, il se présenta à la députation, le 21 juin 1834, dans le 2e collège de la Côte-d'Or, et échoua avec 145 voix contre 182 à l'élu, M. Muteau. Il échoua encore le 4 novembre 1837, avec 80 voix contre 224 au député sortant, réélu. Il entra à la Chambre le 2 mars 1839, comme député du même collège, élu par 218 voix sur 534 votants. Il siégea dans les rangs de la majorité conservatrice, fut promu conseiller d'Etat, et, soumis comme tel à la réélection, sollicita, le 26 octobre suivant, le renouvellement de son mandat : mais il n'obtint que 197 voix contre 239 à M. Muteau, élu. Il se représenta sans plus de succès, aux élections suivantes du 9 juillet 1842, et réunit 207 voix contre 338 au député sortant réélu, et, le 1er août 1846, 77 voix seulement contre 392 au même concurrent, encore réélu. Le 4 mai 1852, M. Tournouër fut admis à la retraite comme conseiller d'Etat. Officier de la Légion d'honneur.


Octave Tournoüer mourut prématurément à 52 ans à Paris le 12 décembre 1876. Il laissait Saint Hilaire à sa femme née Cécile Le Tavernier et à son fils unique Henri.

 

Henri Tournoüer: une grande figure du Perche

    Ce texte qui retrace la vie d'Henri Tournoüer a été écrit par Xavier et Christophe d'Aboville, petit-fils et arrière petit-fils d'Henri Tournoüer, à l'occasion de la cérémonie clôturant la première phase de la restauration de Saint Hilaire des Noyers, le 12 juiller 2006) 

                                                                                                                                             

" Après des études littéraires dominées par un vif attrait pour l’histoire, Henri Tournoüer entra à l’Ecole des Chartes. Il soutint brillamment sa thèse d’archiviste-paléographe sur la cathédrale de Séez le 1er février 1887. Puis il fit une courte escale dans la diplomatie en entrant aux Affaires Etrangères qu’il quitta pour se consacrer à l’histoire et à cette terre qu’il aimait tant la Normandie.

 

Son pays, il le servit en tant que maire de sa petite commune de Corubert, pendant 42 années, de 1901 jusqu’à sa mort en 1943  et au Conseil Général où il représenta le canton de Nocé de juillet 1904 à 1940.

 

À 27 ans, en 1888, Henri Tournoüer fit son entrée dans la toute jeune Société Historique et Archéologique de l’Orne fondée en1882 par Léon de La Sicotière. Vice-président en 1896, il en devint le Président le 10 août 1899 à 38 ans et le restera pendant 44 années jusqu’à sa mort.

 

En 1900 après avoir crée avec le vicomte Olivier de Romanet une revue Documents sur la Province du Perche, il contribua largement à la création de la Société Percheronne d’Histoire et d’Archéologie dont il fut le secrétaire général et d’un musée historique percheron.

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Octave Tournoüer (8 février 1924 - 12 décembre 1876 - photographie de la collection personnelle de la famille d'Aboville)

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Henri TOURNOÜER (5 décembre 1861, Paris - 24 octobre 1943 Saint-Hilaire des Noyers - photographie de la collection personnelle de la famille d'Aboville)

En groupant Les Amis des Monuments Ornais et en les dotant d’un Bulletin spécial en 1901, il leur demanda de dresser, par commune et par canton, l’inventaire des monuments, sites, et  trésors d’art de toute espèce.

 

Il faut souligner, ici, la part importante qu’il prît à la sauvegarde du patrimoine archéologique et artistique de la région, notamment à la conservation et à la restauration du plus ancien édifice civil d’Alençon, la Maison d’Ozé, et cela après une lutte mémorable contre la municipalité. On lui doit également le classement de la préfecture. Après la loi de séparation de 1905, nombreuses furent ses interventions pour le classement d’églises, ou anciens prieurés. Il se fit le défenseur opiniâtre des humbles églises de nos villages et des croix de nos chemins et lança une campagne qu’appuya Maurice Barrès. C’est aussi à son initiative que fut fondée une commission diocésaine d’architecture et d’archéologie. Toutes ces actions lui vaudront de se voir décerner en 1908 la médaille de vermeil de la Société Française d’Archéologie.

 

Dés 1900, sous l’impulsion de son jeune et actif président, la Société Historique et Archéologique de l’Orne devint « déambulante ». Car si la société avait, parfois, fait précéder sa grande séance annuelle de la visite de quelques monuments, la tentative était hardie. « N’y avait-il pas, note l’abbé Desvaux, en 1902, quelque témérité à prétendre déplacer pour deux jours et plus, des gens que leurs goûts et leurs études rendent casaniers ?... Succès absolument inespéré. » La 1ère d’une longue série d’excursion, seulement interrompue pendant les années de guerre, fut consacrée dans les premiers jours de septembre au Perche. Et c’est tout naturellement que Saint Hilaire réunit la savante compagnie pour leur 1er déjeuner de tournée. Le succès de ces excursions admirablement préparées ne se démentit pas. Et dépassant le cadre départemental il entraînera ses fervents à travers toute la province. Cet enseignement sans pédantisme, retraçant ou commentant l’action dans le lieu même où elle s’est passée a fait plus que des amateurs : il a décidé de certaines vocations de chartistes.   

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Une réunion de travail à Saint Hilaire des Noyers avec les membres de la société historique et archéologique de l'Orne (Henri Tournoüer, debout à gauche, accompagné du Vicomte Olivier de Romanet, de J. A. Des Rotours, du vicomte G. de Contades - photographie de la collection personnelle de la famille d'Aboville)

Il installa la Société Historique, d’abord, dans la Maison d’Ozé, la dota d’un musée et d’une importante bibliothèque, puis en 1927 dans l’Hôtel Libert. Il créa les mardis de la Société Historique de l’Orne, conférences accompagnées d’auditions poétiques ou musicales, destinées à mieux faire connaître le pays, ses personnages marquants, ses industries et ses usages.

En 1920, il inaugura avec succès des cours de paléographie donnés par l’archiviste départemental Henri Jouanne.

De la petite société savante des débuts, il fit l’une des sociétés savantes de province les plus importantes et les plus actives qui comptait plus de 500 membres en 1924, année où elle fêta ses 25 années de présidence. Ses qualités d’organisateur et la sûreté de sa science l’amèneront à se voir offrir, en 1925, la présidence de la Fédération des Sociétés Normandes dont il avait été l’un des fondateurs avec Léon Le Clerc et Robert Mauger (en 1923).

Henri Tournoüer a laissé beaucoup d’écrits -qui mériteraient d’être réunis- : vastes ouvrages, monographies, discours, rapports, articles. Sa thèse sur la cathédrale de Séez fut suivie des éditions critiques des chroniqueurs percherons : Bart des Boulais et René Courtin, savants volumes conçus selon les plus sévères méthodes de l’érudition, publiés dans les Documents de la Province du Perche. Mais autour de ces travaux de longue haleine se sont épanouies nombre d’études de moindre envergure, claires de conception, brèves de style, d’allure nerveuse et souple où l’homme se peint tout entier, telles ses brochures sur Courboyer, Saint Jean de la Forêt, Briouze, Saint-Hilaire-des-Noyers et tant d’autres. Ainsi que l’écrivait René Gobillot, ancien conservateur du Musée de Chartres, dans la Revue Normande : « C’est chez lui, dans son château de Saint Hilaire des Noyers, en Corubert, qu’il se révélait. Là, il était incomparable. Il avait le don de l’accueil. Il est impossible d’oublier sa cordialité, son affabilité. Il vous ouvrait sa bibliothèque qui était riche et ses collections qui ne l’étaient pas moins, toujours prêt à vous venir en aide, car il  connaissait mieux que personne son pays.»


Et comment ne pas évoquer, ici, celle qui partagea sa vie pendant plus de 57 années et qui avec lui fut l’âme de cette maison.
Henri Tournoüer avait épousé en 1886, une jeune fille de 18 ans, sa cousine éloignée Thérèse Voisin, fille de l’ancien Préfet de Police Félix Voisin, membre de l’Institut et Conseiller à la Cour de Cassation. Ils formèrent tous deux un couple très uni.
De leur union naquirent deux filles Marguerite, ma grand-mère et Marie-Germaine qui épousera le Général de Cahouët. Elles leur donneront 12 petits-enfants.
Henri Tournoüer a profondément remanié, amoureusement transformé Saint Hilaire. Vers 1900 il fit refaire les entourages des portes et fenêtres et les chaînages d’ante qui étaient en pierres, en briques et pierres tels qu’on peut les voir aujourd’hui, le puit date de cette époque ; puis, en 1910, des travaux beaucoup plus importants furent entrepris sous la direction de l’architecte et Inspecteur des Monuments Historiques Lucien Roy . Il suréleva d’un étage le pavillon est. Un nouvel escalier d’honneur fut construit en saillie sur la façade nord. L’intérieur fut complètement transformé. Le vaste hall d’entrée remplaça un vestibule en galerie, le bureau et la bibliothèque furent aménagés, et une terrasse, sur la façade sud, reliant les deux pavillons fut construite. Dans les années 30, pour les deux aînés de ses petits-fils, élèves officiers, il aménagea une partie des dépendances qui fut baptisée : le pavillon des officiers (extension des écuries).
 
La chapelle, ancienne église de Saint Hilaire, fut restaurée et consolidée par deux contreforts. L’abbé de Cabanoux, le futur curé de Saint Thomas d’Aquin, et grand ami de la famille, offrit une cloche pour redonner voix au clocher. Ma grand-mère en fut la marraine. Un de ses cousins germain le parrain. Cela donna lieu à de grandes festivités le 20 septembre 1892.
Le parc aussi fut l’attention de tous ses soins et fut remodelé par lui.

Le départ de ses vieux amis, Paul Romet et le baron des Rotours, le toucha douloureusement, la mort de son petit-fils Gérard d’Aboville, héroïquement tombé au Champ d’Honneur (et l’inquiétude pour les siens) l’ébranla profondément. Et par-dessus tout, lui l’amoureux, le défenseur de la petite patrie, il portait le deuil de la France. Conservant une intelligence et une foi intactes, il alla s’affaiblissant. Le 23 octobre 1943, il sentit que son heure était venue. Le lendemain, il s’éteignait dans son cher Saint Hilaire. Ses obsèques présidées par l’évêque de Séez furent célébrées dans l’église de Colonard, puis il fut inhumé dans le cimetière paroissial où son épouse le rejoindra en 1954. « Il avait tenu à reposer en terre percheronne, dans ce pays auquel il a donné le meilleur de lui-même, sa science, son cœur et son inaltérable dévouement. »

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Procession de la cloche Marguerite Andrée (20 septembre 1892 - photographie de la collection personnelle de la famille d'Aboville)

Publications d'Henri Tournoüer

  • Iconographie et sigillographie de Saint-Evroul, 1912
  • Recueil des Antiquitéz du Perche, comtes et seigneurs de la dicte province, ensemble : les fondations, bâtiments des monastères et choses notables du dit pays, 1890 - lien: GALLICA
  • Excursion archéologique dans le Perche, 1907
  • Excursion archéologique dans le Maine et le pays d'Alençon, 1908
  • Chronique et correspondance de la province du Perche et des Percherons du Canada, 1909
  • Bibliographie et iconographie de la Maison-Dieu Notre-Dame de La Trappe au diocèse de Sées, de dom A.-I. Le Bouthillier de Rancé, abbé et réformateur de cette abbaye, et en général de tous les religieux du même monastère, 1894 -
  • Armorial de la province du Perche, 1696-1701, 1897-1903

Liens sur Henri Tournoüer:

société historique et archéologique de l'Orne

Cette société a été créée sur la proposition de Gustave Levavasseur en 1879, à l'occasion d'une réunion de la Commission des Beaux-Arts présidée par le marquis de Chennevières à Alençon.  Ell eut, comme premier président, Léon de la Sicotière est encore active de nos jours en comprenait 280 membres en 2002. Henri Tournoüer en fut son président de 1899 à 1943, date de sa mort.

Société percheronne d'histoire et d'archéologie

Cette autre société a été créée en 1900. Olivier, vicomte de Romanet de Beaune  en était le Président et  Henri Tournoüer  son secrétaire général

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Henri Tournoüer reçoit le 9 septembre 1928 l'ancien président de la République et sénateur de l'Orne, Alexandre Millerand, à l'occasion du comice de canton et de la fête communale de Préaux (avec un livre à la main sur la gauche)