A Saint Hilaire

Les preux disaient : Mille flamberges !
Arrêtons-là nos destriers.
Ce château vaut bien les auberges :
C’est Saint Hilaire des Noyers.

Les gueux disaient aux châtelains :
Nous buvons comme des noyés
Et nos gourdes sont toujours pleines
A Saint Hilaire des Noyers !

Les fermiers disaient dans les fermes :
Nous avons de si bons loyers
Que l’on paierait deux fois les termes
A Saint Hilaire des Noyers !

L’archéologue dit : J’apporte
Un corps las, des genoux ployés,
Il est temps qu’on me réconforte
A Saint Hilaire des Noyers !

Il mange, boit, bavarde, oublie
Et son autel et ses foyers,
Il voudrait coucher, ô folie !
A Saint Hilaire des Noyers !

Lorsqu’en trinquant on passe l’heure
On a souvent les yeux mouillés.
Au moment de partir on pleure
A Saint Hilaire des Noyers !

Et quand on y boit du Champagne
Messieurs, Mesdames, vous voyez,
Comme un rimeur bat la campagne
A Saint Hilaire des Noyers !


Paul HAREL, 28 août 1906

 

 




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Les Pins de Saint Hilaire

C’en est donc fait ! Sur eux on porte la cognée.
On frappe leur vieillesse à présent dédaignée.

Etendus sur le sol, morts, ils semblent plus grands
Qu’ils ne l’étaient jadis, lorsqu’ils étaient vivants.

Que de fois on les vit couvrir de leur ombrage
L’habitant du château comme ceux du village !

Que de fois auprès d’eux on vint rêver, s’asseoir,
Lorsque s’épaississait la grande ombre du soir !

Immobiles témoins du voyageur qui passe,
Et du temps, ce marcheur qui jamais ne se lasse,

De sa faux redoutable ils ont senti les coups.
Ici bas, rien n’échappe à son pouvoir jaloux.

Voici le bûcheron de qui, l’effort redoutable,
Sa hache retentit ; son bruit affreux nous trouble.

Des pauvres pins, hélas ! s’exhalent par moments
De déchirants soupirs, de longs gémissements.

Oh ! ne prolongez pas cette lente agonie !
Pitié ! C’est trop de fois leur arracher la vie.

Abrégez le supplice ! Epargnez-les, bourreaux
Dont la main découpa leurs antiques rameaux !

La vallée en frémit avec l’âme des choses.
Les grands pins sont tombés ! Allons cueillir les roses.

Henri de BROC, 5 septembre 1900
A Madame Octave Tournoüer

Le Marquis de Chennevières: Un ami de Saint Hilaire des Noyers

Le marquis de Chennevières était un vieil ami de la famille d’Aboville. Il est né à Falaise en 1820, a été Directeur des Beaux-arts. Il est l'auteur entre autres du "Curé de Maubosc", des "Contes de Saint Santin" et sous le pseudonyme de Jean de Falaise de "Contes normands". Il passait les étés dans son "ermitage", selon les termes d’Henri Tournoüer, de Saint Santin près de Bellême.

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